Réflexions autour d’un modèle éconologique

26/11/2019

Modèle éconologique
Notre planète brûle, l’expression n’est pas de nous.
Nous n’avons pas de planète B, celle-ci non plus.
Les indicateurs de l’état de santé de la planète sont alarmants et montrent que depuis 1950, en même temps que le PIB explose, la population urbaine suit la même courbe, tout comme la consommation d’engrais, d’eau, d’énergie primaire ou la production de CO2, de Méthane, d’Ozone… et la biosphère terrestre s’effondre si l’on se réfère au dernier livre de Juliette Duquesne et Pierre Rabhi.
Certains de nos producteurs, proches de la retraite, ont vécu cette période où l’on a remplacé les Normandes par des Prim’Holstein, l’herbe par du maïs, la nature par la chimie. Ils sont témoins et résistants, merci à eux !

Sommes-nous surpris ? Evidemment non, la question n’est plus là.
La question est « Comment réagir ? Comment agir ? »

L’Art de la Fromagerie, c’est une manière d’agir. C’est un laboratoire et une autre manière d’envisager le commerce : un modèle éconologique, qui relie écologie et économie.

Agriculture durable
Le mot agriculture durable est en lui-même utilisable facilement et bien souvent perverti, nous en voulons pour preuve les publicités sur les chaînes nationales qui communiquent sur les pratiques vertueuses de leurs producteurs. Le bla bla n’est pas vraiment notre truc, nous aimons faire car Faire est le moteur de l’Estime de soi, Faire est beaucoup plus valorisant et généreux que prétendre faire.
Nous nous sommes retroussés les manches et avons créé notre propre certification qualité en collaboration avec des techniciens suisse et français. Laquelle certification contient une centaine de points et aborde les sujets de l’environnement, du bien-être animal, des analyses de lait, de la fabrication et in fine du goût.
Nous ne cherchons pas à imposer notre certification à qui que ce soit, c’est notre contribution et notre fil conducteur, la colonne vertébrale de notre projet.
Pas de pitié pour les « mauvais » fromages, ils quittent nos étals et nous vous expliquons pourquoi.

Lien Direct Producteur
Travailler en Lien Direct n’est pas une fin en soi, nous vous l’accordons. C’est beaucoup plus que cela !
C’est le seul et unique moyen de connaître les pratiques des producteurs, de créer un véritable lien entre le Producteur et le consomm’acteur, de proposer une alternative crédible à l’ultra-centralisation qui a pour conséquence de réduire le fromage à un prix dans un listing en faisant fi de l’essentiel, la santé du producteur, de la planète et la vôtre.
Travailler en Lien Direct est hautement exigeant pour qui le pratique, c’est repenser la manière de choisir et de vendre un fromage. Finie l’idée de passer un coup de fil le jeudi pour recevoir sa palette le lundi ! Place à des bureaux à la campagne pour être en prise directe et réelle avec le terrain, aux visites de producteurs (30 à 50 par an chez nous), prévisions à 2 ans, réservations de fromages, planification, logistique…
A L’Art de la Fromagerie, une personne se consacre à la recherche et au suivi des producteurs, et c’est bien logique non ?

Pourquoi « grossissons » nous ?
Pour 2 motifs :
Le cœur : nos employés et nous-mêmes vivons une Aventure. Nous sommes des passionnés et nous contribuons à notre manière à soutenir les vrais bons producteurs face à l’agro-business qui appauvrit nos ressources vitales. Dans notre rêve, chaque personne qui a la réelle motivation à s’engager pour l’environnement doit pouvoir le faire, qu’il s’agisse d’un producteur ou d’un futur membre de l’équipe.
La raison : nous considérons que 3 à 5 boutiques de taille respectable sont un minimum nécessaire pour travailler en Lien Direct. Prenons l’exemple d’un Camembert : Dans 2 boutiques L’Art de la Fromagerie qui sont sauf erreur les plus grosses boutiques fromagères de Marseille en terme de volume d’activité, nous vendons un total de 30 à 40 Camembert par semaine. La logistique de transport suppose un colis de 72 à 90 pièces. Nous pouvons vous proposer des Camembert en Lien Direct et nous pourrons d’autant mieux le faire que nous créerons des boutiques. Mais quid d’une petite boutique isolée ? Vend-elle son Camembert 12 à 14 euros (le prix qu’il faudrait le vendre pour couvrir les frais de port, le local, le personnel, les charges…) ? Vend-elle un Camembert qui a 18 semaines ? Ou vous raconte-t-elle un truc qu’elle ne fait pas vraiment ?…
L’idée n’est pas de clouer au pilori des « concurrents », pas du tout…
L’idée est de sensibiliser chacun à la réalité et au fait qu’il est possible d’inventer une autre manière de travailler, en unissant nos efforts.

Indicateurs
Nous avons des indicateurs économiques bien évidemment. A quoi cela servirait-il de fermer boutique et de stopper notre engagement pour une agriculture durable ?
Mais nous avons bien d’autres indicateurs, écologiques et humains ceux-là. Ceux dont nous sommes les plus fiers sont ceux de la vie : chaque employé a la possibilité de réaliser autant de fois qu’il le souhaite une évaluation de son bien-être sur le site mydpi.fr. Par ailleurs, chaque animal à qui l’on permet d’avoir une belle vie dans un environnement préservé est une victoire, chaque hectare préservé des pesticides et phytosanitaires est un succès, chaque paysan qui peut vivre de son métier et maintenir son activité est un sourire.
Et le sourire n’a jamais été incompatible avec la performance, bien au contraire c’est le sourire qui crée la performance et non l’inverse. Le « système » actuel génère trop de tristesse, il ferait bien de se souvenir de ce principe de base…

Une équipe humaine et pluridisciplinaire avant tout
La société actuelle génère d’innombrables insatisfaits, des individus dont nous avons fait partie, des individus qui ont été confrontés au burn out ou à la dépression, à de graves maladies bien souvent. Ces individus ressentent légitimement un très fort besoin de « vrai », de valeurs saines, de se connecter à la nature. Mais ces individus ont été élevés au cœur d’un modèle individualiste qui confond habilement Liberté et Isolement… La tâche est donc aisée pour le Système de générer l’illusion de la liberté et de récupérer cette frustration à des fins économiques en incitant ces « malheureux de la société moderne » à surenchérir en s’endettant et en s’isolant davantage encore dans une ferme ou dans un commerce pour vendre les produits de cet agro-business qu’ils dénoncent.
Le modèle L’Art de la Fromagerie se veut à l’opposé de cette logique. Nous considérons que c’est ensemble, en associant des compétences multiples et diverses que nous pourrons soulever des montagnes. Ensemble, nous pensons davantage nous épanouir, réaliser parfois l’impensable. Combien de dinosaures du système ne croient pas que nous travaillons en Lien Direct et nous insultent…, combien pensent qu’il est possible de travailler en Lien Direct avec une seule petite boutique et finissent très rapidement (ou pas) par comprendre qu’ils sont devenus les revendeurs d’un agro-business centralisé ? Cela situe l’état des consciences et le travail qu’il reste à faire.
Celles et ceux qui pensent pouvoir réussir seuls réaliseront forcément un jour qu’ils se trompent mais en attendant la planète souffre et notre santé en pâtit…
A plusieurs, ensemble, nous pouvons soulever des montagnes…
3 boutiques en 4 ans, c’est déjà une jolie petite montagne pour notre petite équipe non ?
Merci et bravo à celles et ceux qui nous rejoignent : infirmière urgentiste, logisticien, chocolatier, responsable juridique, jeune « inadapté » au système scolaire, chef de projet, community manager, étudiant d’Ecole de commerce, responsable qualité, rugbymen (ils sont 2 !)…

Transparence et information
Ce point est essentiel.
Partager au maximum nos connaissances sur les fromages et leurs producteurs est vital.
C’est vital pour partager en ville un peu de la culture des campagnes.
C’est vital pour partager avec vous nos connaissances et vous aider à agir à votre tour en favorisant les producteurs qui prennent soin de votre palais et de votre santé.
Chaque lundi, à L’Art de la Fromagerie, tous les employés bénéficient d’une formation sur un fromage, un producteur ou une technique de fabrication.
C’est là aussi notre contribution à la valorisation des vrais bons producteurs à l’agriculture durable.
Demandez-nous, intéressez-vous, discutez avec nous, nous ne sommes pas là simplement pour vous vendre un fromage mais pour partager un morceau de vie.

Réinvestissement
Pensez-vous que nous sommes richissimes pour créer plusieurs boutiques ? Que nenni.
Bien au contraire, nombreux parmi nous ont fait le choix de quitter des places « confortables financièrement » pour s’investir pour une cause qui nous dépasse et nous passionne.
Notre « secret » réside simplement dans notre passion, notre amour du travail (ce n’est pas un péché !) et notre politique de réinvestissement (nous réinvestissons la quasi totalité de nos bénéfices dans nos projets de développement, le solde étant réparti dans les primes de fin d’année versées aux employés). Nous sommes humains. Nous avons des défauts, nous avons des faiblesses, mais nous avons des convictions fortes et nous essayons de les mettre en œuvre. Rejoignez-nous en lisant cet article, en parlant de nous, en postulant chez nous…
L’histoire montre que les choses peuvent basculer rapidement, faisons-le ensemble !
Humains et durables.

En savoir plus sur l’agriculture durable soutenue par L’Art de la Fromagerie